Gazoduc Bangladesh-Myanmar : les défis géopolitiques et de sécurité bloquent la proposition
Dhaka propose d'importer du gaz par gazoduc depuis le Myanmar ; les experts avertissent que le contrôle de l'Arakan Army, la crise rohingya et la baisse de la production du Myanmar rendent le projet non viable à court terme
Dhaka, 4 août 2026 — Le gouvernement du Bangladesh étudie de nouvelles sources de gaz naturel pour faire face à la crise énergétique persistante du pays, et à la suite de son initiative d'importer du gaz naturel liquéfié (GNL) depuis la Malaisie, la question de l'importation de gaz depuis le Myanmar par un gazoduc transfrontalier fait désormais l'objet de discussions actives entre les deux pays.
Le Bangladesh a proposé d'importer du gaz directement depuis le Myanmar par gazoduc. Comme solution alternative, le Myanmar a également exprimé son intérêt pour la discussion de la possibilité de fournir du GNL au Bangladesh. Toutefois, la proposition est encore au stade préliminaire des discussions — et les experts du secteur énergétique avertissent que, pour de multiples raisons géopolitiques et de sécurité, le gaz en provenance du Myanmar ne peut pas apporter de solution immédiate à la pénurie persistante de gaz du Bangladesh.
🤝 L'engagement diplomatique
Dimanche dernier, l'ambassadeur du Myanmar au Bangladesh Kyaw Soe Moe a rencontré le conseiller chargé de l'Électricité, de l'Énergie et des Ressources minérales Iqbal Hasan Mahmud au Secrétariat à Dhaka. Au cours de la réunion, le conseiller énergétique a exprimé l'intérêt du Bangladesh pour l'importation de gaz depuis le Myanmar par gazoduc afin d'aider à résoudre la pénurie de gaz naturel du pays.
Selon un communiqué de presse publié par le Ministère de l'Électricité, de l'Énergie et des Ressources minérales, le Bangladesh a proposé de rouvrir les discussions sur la construction d'un gazoduc reliant le Myanmar à Chattogram. L'ambassadeur du Myanmar a répondu favorablement à la proposition, tout en exprimant également son intérêt pour la tenue de discussions détaillées sur la possibilité de fournir du gaz au Bangladesh sous forme de GNL en complément de l'option du gazoduc.
🛢️ Deux options, une praticité très différente
Les deux options à l'étude — l'approvisionnement par gazoduc et l'approvisionnement en GNL — ont des implications pratiques très différentes. L'importation de gaz par gazoduc nécessiterait un processus long impliquant l'identification du gisement gazier source, un accord d'achat de gaz à long terme, la sélection du tracé, les dispositions de sécurité, le financement, et la construction d'infrastructures transfrontalières qui n'existent pas actuellement.
À l'inverse, l'importation de gaz sous forme de GNL ne nécessiterait pas de nouveau gazoduc transfrontalier. Cependant, le GNL pourrait être plus cher en raison des coûts associés aux infrastructures de liquéfaction, au transport par navire et à la regazéification dans les terminaux au Bangladesh. Il n'est pas non plus encore établi si le Myanmar dispose des infrastructures et de la capacité nécessaires pour exporter du GNL — une incertitude importante compte tenu de l'isolement politique du pays et des sanctions économiques imposées depuis le coup d'État militaire de 2021.
📊 Secteur gazier du Myanmar : réserves, production, exportations
Selon les données du ministère de l'Énergie du Myanmar, de la Banque mondiale et de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le Myanmar dispose de réserves gazières prouvées d'environ 22 trillions de pieds cubes. Le pays produit environ 1,5 milliard de pieds cubes de gaz par jour, ce qui, au rythme de production actuel, durerait sur le papier environ 40 ans.
- 📊 Réserves de gaz prouvées : ~22 trillion cubic feet
- 🛢️ Production actuelle : 1.5 bcf/jour (en baisse par rapport à 2 bcf/jour en 2016-17)
- ⏱️ Rapport réserves-production : ~40 ans (sur le papier)
- 🌏 Répartition des exportations 2024 : 50% Thaïlande | 25% Chine | 25% consommation intérieure
Cependant, la production de gaz du Myanmar a enregistré un déclin par rapport aux années précédentes. Le pays fait face à une crise politique depuis le coup d'État militaire de 2021 et est soumis à des sanctions économiques occidentales. Deux sociétés internationales du secteur pétrolier et gazier ont retiré leurs investissements du secteur gazier national, et les entreprises pétrolières et gazières occidentales se sont également abstenues de réaliser de nouveaux investissements — ce qui limite la capacité du Myanmar à maintenir, et encore moins à étendre, sa capacité de production.
Selon la Banque mondiale, en 2024, 50 % du gaz produit au Myanmar a été exporté vers la Thaïlande, 25 % vers la Chine, tandis que les 25 % restants étaient destinés à la consommation intérieure. Le Myanmar dispose d'accords d'approvisionnement à long terme avec ces deux pays, ce qui signifie que tout nouvel engagement d'exportation vers le Bangladesh devra provenir d'une capacité de production non déjà engagée dans le cadre des contrats existants — ou de nouveaux développements de champs gaziers qui ne sont pas encore entrés en service.
Le Myanmar a récemment annoncé la découverte d'un champ gazier offshore dont les réserves sont quatre fois plus importantes que ses réserves prouvées actuelles. Cependant, ces réserves ne sont pas encore classées comme prouvées — elles ne pourront être confirmées qu'après le forage de puits d'exploration supplémentaires, un processus qui prend généralement plusieurs années. Les experts indiquent que toute décision relative à un gazoduc ne doit être prise qu'après vérification de l'ensemble des informations et évaluation de la viabilité économique du projet.
💬 Point de vue d'expert : Badrul Imam
Le géologue Badrul Imam a déclaré à Prothom Alo que le Bangladesh est confronté à une pénurie de gaz et que la production de ses propres gisements de gaz diminue régulièrement. Comme le Myanmar dispose de réserves de gaz, il pourrait constituer une source potentielle. Il a toutefois mis en garde que toute décision doit tenir compte de la capacité du Myanmar à fournir le gaz, du prix du gaz et des modalités de transport — trois questions auxquelles il n'existe actuellement aucune réponse claire.
📜 Trois décennies de discussions sur le gazoduc
Des acteurs du secteur de l'énergie soulignent que les discussions relatives à un gazoduc avec le Myanmar remontent à près de trois décennies. En 1997, une entreprise privée a proposé la construction d'un gazoduc reliant le Myanmar au Tripura en Inde en passant par le Bangladesh. Cette proposition n'était toutefois pas destinée à acheminer du gaz vers le Bangladesh — elle visait plutôt à exporter du gaz vers l'Inde, le Bangladesh percevant des frais de transit réguliers liés au gazoduc. Le gouvernement de l'époque n'avait pas accordé d'importance à cette proposition.
Des négociations formelles sur ce sujet entre les trois pays — le Bangladesh, le Myanmar et l'Inde — ont débuté en 2004. En 2005, un comité technique a également été créé à la suite d'un accord entre les trois pays. À l'époque, le Bangladesh conditionnait sa participation à l'obtention d'un accès de transit par l'Inde vers le Népal et le Bhoutan. L'Inde n'ayant pas accepté cette condition, le projet de gazoduc a été effectivement abandonné.
Les discussions relatives à un gazoduc en provenance du Myanmar ont maintenant repris — mais cette fois, le Bangladesh souhaite importer le gaz pour son propre usage au lieu de servir de pays de transit pour les importations de gaz de l'Inde. Ce changement d'objectif illustre à quel point la situation énergétique du Bangladesh s'est dégradée de manière spectaculaire au cours des deux décennies qui ont suivi les premières discussions trilatérales.
📊 La crise gazière du Bangladesh en chiffres
Le Bangladesh est confronté à une pénurie de gaz depuis 2007. La production de gaz diminue de manière constante depuis 2017, avec une baisse de production de 1.05 milliards de pieds cubes par jour au cours des neuf dernières années. La production actuelle s'élève à 1.65 milliards de pieds cubes par jour — supérieure à la production du Myanmar, mais bien inférieure à la demande du Bangladesh, qui s'établit à environ 3.8 milliards de pieds cubes par jour.
- 📈 Début de la pénurie de gaz au Bangladesh : 2007
- 📉 Baisse de production depuis 2017 : 1.05 bcf/day perdue
- 🛢️ Production actuelle : 1.65 bcf/day
- 💰 Demande actuelle : ~3.8 bcf/day
- 💳 Écart entre offre et demande : ~2.15 bcf/day
- 🚢 Début des importations de GNL depuis : 2018
Pour répondre à la demande supplémentaire, le Bangladesh importe du GNL depuis 2018. Malgré cela, le déficit n'a pas été éliminé. La crise gazière s'est considérablement aggravée après le 21 juillet, lorsqu'un incendie a contraint à la fermeture de l'un des terminaux d'approvisionnement en GNL du pays — ce qui a poussé le gouvernement à rechercher urgemment de nouvelles sources de gaz.
🚦 Obstacles sécuritaires et géopolitiques
Les experts affirment que la réalité actuelle à la frontière entre le Bangladesh et le Myanmar est fondamentalement différente de celle qui prévalait lors des précédentes phases de discussions sur les pipelines. La situation au Myanmar reste instable, et la construction et l'exploitation d'un pipeline terrestre traversant un territoire hors du contrôle du gouvernement birman seraient presque impossibles sans une forme d'accord sécuritaire et politique avec l'Arakan Army, qui contrôle aujourd'hui une grande partie de la région frontalière de l'État Rakhine.
En outre, le Bangladesh et le Myanmar restent en désaccord diplomatique sur la crise rohingya. Le Myanmar n'a pas encore accepté de rapatrier les réfugiés rohingyas qui ont fui vers le Bangladesh en 2017, et une affaire de génocide contre le Myanmar est également en instance devant une cour internationale — ce qui rend tout grand projet d'infrastructure bilatéral politiquement sensible pour les deux parties.
💬 Altaf Parvez : Le gazoduc sous le fond marin pourrait représenter une alternative
Le chercheur spécialisé dans la géopolitique sud-asiatique Altaf Parvez a déclaré à Prothom Alo que le Bangladesh n'a pratiquement plus de frontière terrestre avec le Myanmar, car la quasi-totalité de la ligne frontalière est sous le contrôle de l'Armée d'Arakan. Il a indiqué qu'il serait difficile de construire un gazoduc sans qu'une paix durable soit établie au Myanmar, l'infrastructure risquant d'être attaquée à tout moment.
Il a ajouté que la situation serait différente si le gazoduc était posé sous le fond marin — une option qui augmenterait considérablement les coûts de construction mais contournerait en grande partie les risques de sécurité liés au transit terrestre à travers des territoires touchés par les conflits. Il a également mis en garde que, dans les circonstances actuelles, un accord de coopération entre les deux pays pourrait être bénéfique pour le Myanmar mais risquerait d'affaiblir la position du Bangladesh sur la question rohingya — un rappel que la diplomatie énergétique et la diplomatie des droits de l'homme ne peuvent pas être clairement séparées.
📋 Contexte stratégique
Les discussions relatives au gazoduc entre le Bangladesh et le Myanmar reflètent le désarroi d'un pays à court de solutions simples. Avec la production intérieure de gaz qui diminue, les importations de GNL contraintes par des infrastructures endommagées et l'incendie du FSRU qui aggrave un déficit déjà sévère, Dhaka étudie toutes les sources d'approvisionnement plausibles — même celles qui présentent d'énormes défis géopolitiques, sécuritaires et économiques.
L'option du pipeline du Myanmar a peu de chances d'apporter un soulagement à court terme, compte tenu de la complexité des négociations, de la situation sécuritaire à Rakhine et du délai de réalisation nécessaire pour tout projet d'infrastructure transfrontalier majeur. Mais le fait même que le Bangladesh relance une proposition vieille de trois décennies — abandonnée en 2005 en raison de désaccords trilatéraux — signale à quel point la position énergétique du pays s'est dégradée, et combien il reste peu d'options viables pour combler l'écart structurel entre l'offre et la demande de gaz.
Cette actualité a été publiée à l'origine par Prothom Alo English. Pour consulter le rapport original complet, veuillez visiter : https://en.prothomalo.com/business/local/0oov29hpl1
📬 Recevez l'actualité commerciale du Bangladesh dans votre boîte mail
Revue hebdomadaire de l'actualité export, des politiques et des analyses de marché.
📰 Articles liés