La Déclaration de Delhi des BRICS révèle un ressentiment face aux règles du commerce mondial : Implications pour le Bangladesh
Les nations du BRICS, représentant 40% du PIB mondial et 26% du commerce international, militent pour la dé-dollarisation, la réforme du FMI et de la Banque mondiale, ainsi que pour le rétablissement du mécanisme de règlement des différends à l’OMC, avec des répercussions stratégiques majeures pour
💰 La dédollarisation : des étapes pratiques plutôt que symboliques
L’un des défis les plus clairs reste la domination du dollar américain. La déclaration évite d’endorser une monnaie unique des BRICS — une proposition souvent médiatisée mais qui reste politiquement et économiquement irréaliste à court terme. À la place, elle appelle à poursuivre les travaux sur l’interopérabilité des paiements transfrontaliers et les règlements commerciaux et d’investissements en utilisant les monnaies locales des membres des BRICS.
Cette distinction est cruciale. La dédollarisation, si elle se produit, est plus susceptible d'émerger à travers des milliers de transactions commerciales plutôt que par le lancement d'une nouvelle monnaie spectaculaire. Si les entreprises du Brésil, de l'Inde, de la Chine, de la Russie ou d'autres économies du groupe BRICS peuvent de plus en plus régler leurs échanges directement dans leurs propres monnaies, la demande pour le dollar pourrait diminuer progressivement. Cependant, la déclaration elle-même reconnaît qu'il n'existe pas d'"approche universelle". Cette phrase révèle la limitation fondamentale du BRICS. Ses membres ont des structures économiques, des politiques monétaires, des intérêts stratégiques et des relations avec le dollar très différents. La Chine et la Russie pourraient avoir des incitations plus fortes à réduire leur dépendance au système financier américain, tandis que d'autres membres pourraient voir des avantages considérables à continuer de l'utiliser.
- 👥 Part du BRICS dans la population mondiale : ~50%
- 💰 Part du BRICS dans le PIB mondial : ~40%
- 💰 Part du commerce du BRICS dans le commerce mondial : 26%
- 📄 Paragraphes de la Déclaration de Déli : 140
- 💰 Monnaie unique du BRICS : non approuvée
- 💳 Règlement en monnaies locales : promu
- 🎯 Objectifs : Réformes du FMI, de la Banque mondiale et de l'OMC
- 🔄 Focus : Interopérabilité des paiements transfrontaliers
📄 Sanctions, Droits de douane et Concurrence géoéconomique
La même tension apparaît dans la manière dont la déclaration aborde les sanctions et les barrières commerciales. Le BRICS condamne les sanctions unilatérales et critique les mécanismes d'ajustement carbone aux frontières. Bien qu'aucun pays en particulier ne soit nommé, la cible est assez claire : l'utilisation croissante du pouvoir économique et des normes réglementaires comme instruments de politique géopolitique.
Cette question devient l’un des principaux contentieux du commerce mondial. Les droits de douane ne concernent plus uniquement la protection des industries locales. Les sanctions, les contrôles à l’exportation, les restrictions aux investissements, les normes carbone et les restrictions technologiques font désormais partie d’un concours géopolitique plus large. Pour les pays en développement, la préoccupation est que les règles conçues au nom de la sécurité, du climat ou de l’autonomie stratégique puissent devenir de nouvelles barrières à l’accès aux marchés.
La position des BRICS est donc susceptible de faire écho au-delà même de ses membres. De nombreuses économies en développement plaident depuis longtemps pour le fait que le système commercial international est formellement multilatéral mais substantiellement inégal. Une taxe aux frontières carbone imposée par une économie riche, par exemple, peut être présentée comme une mesure environnementale tout en entraînant des coûts d’ajustement substantiels pour les exportateurs des pays plus pauvres.
🌍 Demande de réforme du FMI et de la Banque mondiale
Le message institutionnel le plus fort de la déclaration s’adresse au FMI et à la Banque mondiale. Les BRICS réclament à nouveau une réforme des quotas et des arrangements de vote afin que les économies émergentes et en développement obtiennent une représentation accrue. Ils exigent également que la 16ᵉ révision générale des quotas entre en vigueur sans plus de retard et que les travaux sur la 17ᵉ révision commencent. Il ne s’agit pas seulement de prestige : le pouvoir de vote dans les institutions financières mondiales influence les intérêts économiques qui façonnent le prêt en cas de crise, le financement du développement et les règles régissant le système monétaire international.
La référence à la 16ᵉ révision générale des quotas reflète la frustration persistante parmi les économies émergentes que le processus de réforme de la gouvernance du FMI — qui aurait dû produire un rééquilibrage significatif des quotas d’ici 2025 — ait stagné. Sans réforme de la gouvernance, le FMI et la Banque mondiale restent dominés par les puissances établies (États-Unis, UE, Japon), limitant ainsi la voix institutionnelle des économies émergentes dont le poids économique relatif a considérablement augmenté au cours des deux dernières décennies.
🌍 Restauration du système de règlement des différends de l'OMC
L'OMC pose un problème encore plus immédiat. Le groupe BRICS plaide vigoureusement pour la restauration d'un système complet et contraignant de règlement des différends en deux niveaux, ainsi que pour la nomination de nouveaux membres au sein du Corps d'appel. Ici, la déclaration touche au cœur de la crise dans le commerce mondial. Un système commercial fondé sur des règles ne peut fonctionner correctement si les pays ne peuvent pas compter sur un mécanisme efficace pour régler les différends. La paralysie du système d'appel de l'OMC a affaibli la confiance dans la gouvernance multilatérale du commerce et incité les pays à privilégier les accords bilatéraux et régionaux.
Le Corps d'appel de l'OMC est en état de non-fonctionnement depuis 2019, lorsque les États-Unis ont bloqué la nomination de nouveaux membres. Sans un corps d'appel opérationnel, les décisions de règlement des différends de l'OMC ne peuvent pas être appliquées par voie d'appel — ce qui sapent la crédibilité de l'ensemble du système de règles commerciales multilatérales. L'appel de BRICS pour une restauration reflète la position de la majorité des membres de l'OMC, bien que les États-Unis aient montré une volonté limitée de lever leur blocage.
🔋 Sécurité énergétique et minerais stratégiques
Son langage sur la sécurité énergétique renforce ce point. BRICS appelle à des marchés énergétiques stables, à des flux ininterrompus provenant de sources diverses et à une plus grande résilience dans les infrastructures critiques. Il insiste également sur des chaînes d'approvisionnement diversifiées et durables en minerais stratégiques, tout en défendant les droits souverains des pays riches en ressources. La dimension sécurité énergétique est particulièrement pertinente pour le Bangladesh, qui dépend fortement de l'énergie importée — y compris le GNL, le pétrole brut et les produits pétroliers raffinés — et a été à plusieurs reprises exposé aux perturbations d'approvisionnement en provenance du Moyen-Orient.
🌍 Implications pour le Bangladesh
Pour le Bangladesh, la Déclaration de Delhi des BRICS présente plusieurs implications stratégiques. Tout d'abord, l'agenda de dédollarisation, s'il se traduit par une croissance significative des règlements commerciaux en monnaie locale, pourrait créer des opportunités pour le Bangladesh afin de diversifier ses arrangements de règlement commercial — notamment avec des partenaires commerciaux majeurs comme la Chine et l'Inde. Actuellement, le Bangladesh règle la majorité de son commerce en dollars américains, ce qui crée une dépendance structurelle à la liquidité en dollars et une exposition aux transmissions de la politique monétaire américaine. Des options accrues de règlement en monnaie locale réduiraient cette dépendance, bien que la mise en œuvre pratique nécessiterait des accords bilatéraux et le développement d'infrastructures bancaires.
Deuxièmement, la poussée des BRICS pour la restauration du système de règlement des différends de l'OMC s'aligne sur les intérêts du Bangladesh en faveur d'un système commercial multilatéral fonctionnel. En tant qu'économie orientée vers l'exportation se préparant à la graduation du statut de pays les moins avancés (PMA), le Bangladesh bénéficie de règles commerciales prévisibles et applicables — et le système de règlement des différends de l'OMC a historiquement été un instrument important pour protéger les droits commerciaux du Bangladesh, en particulier dans les enquêtes sur les pratiques de dumping et les mesures de sauvegarde affectant le secteur des vêtements et textiles (RMG).
Troisièmement, la critique des BRICS envers les mécanismes d'ajustement aux frontières carbone (CBAM) est directement pertinente pour les intérêts d'exportation du Bangladesh. Le mécanisme CBAM de l'Union européenne, entré en phase transitoire en 2023, imposera éventuellement des coûts carbone aux importations de biens intensifs en carbone — y compris une extension potentielle future aux textiles et vêtements. Le secteur RMG du Bangladesh, qui bénéficie actuellement des préférences commerciales GSP+ de l'UE, pourrait subir une érosion significative de son accès au marché si le CBAM est étendu aux vêtements sans un soutien d'ajustement approprié pour les exportateurs des pays en développement.
🌍 Stratégie d'engagement multilatéral
La Déclaration de Delhi renforce également l'argument selon lequel le Bangladesh doit maintenir un engagement actif avec plusieurs plateformes multilatérales — BRICS, G20, OMC, FMI/Banque mondiale — plutôt que de s'aligner exclusivement sur un seul bloc. Les intérêts commerciaux et de développement du Bangladesh sont mieux servis par une politique économique étrangère multialignée qui engage avec tous les principaux groupes économiques sans s'engager dans l'agenda géopolitique d'un seul d'entre eux.
Les années à venir révéleront si l'agenda évolutif du BRICS se traduit par des résultats institutionnels concrets — un règlement commercial en monnaie locale significatif, une réforme de la gouvernance du FMI/Banque mondiale, la restauration du règlement des différends de l'OMC — ou si la déclaration reste une rhétorique purement aspirative. Pour le Bangladesh, la réponse stratégique doit être un engagement actif avec les initiatives du BRICS qui correspondent aux intérêts nationaux, tout en maintenant la stratégie globale d'engagement multilatéral qui a historiquement bien servi la trajectoire de développement du pays.
Cette actualité a été publiée à l'origine par The Financial Express. Pour consulter le rapport original complet, veuillez visiter : https://thefinancialexpress.com.bd/columns/brics-delhi-declaration-signals-grudge-over-global-trade-rules
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